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#1 2008-01-29 17:08:20

clavi
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Dérivés actions : les « moines soldats » sont devenus des seigneurs

Créé par une poignée d'ingénieurs de la Société Générale au milieu des années 1980, le département des dérivés actions est devenu non seulement le plus rentable de la banque, mais aussi le plus puissant.


La fin d'une belle histoire ? Une chose est sûre, « l'affaire » de la perte de 4,9 milliards d'euros porte bel et bien un coup à la réputation de l'activité des dérivés actions de la Société Générale. Et par extension à celle des autres banques françaises, qui bénéficiaient de son prestige.

L'activité des dérivés actions a en effet été créée de toutes pièces par des équipes de la banque, au milieu des années 1980. Entraînés par Antoine Paille, un informaticien de génie, une poignée d'ingénieurs issus des meilleures écoles développent des modèles d'options. Le management de la banque leur laisse les mains libres. Vingt ans plus tard, leur franchise est devenue la référence, copiée et pillée par les concurrents. Malgré son développement, elle est parvenue à conserver son esprit entrepreneurial, les jeunes ingénieurs y disposant encore d'une grande autonomie pour développer leurs idées, tout en s'appuyant sur un système informatique unique et une gestion globale des risques.

Surtout, cette activité est devenue la filière noble pour accéder au management de la banque, damant le pion à l'inspection générale, longtemps la voie royale à la Société Générale. Il faut dire que, les bonnes années, l'activité peut représenter à elle seule 20 % des profits de l'établissement. Elle dégageait en 2006 un rendement des fonds propres de 184 %.

« La plus rentable au monde »
Ce sont, du coup, des anciens des dérivés actions qui pilotent aujourd'hui les métiers de banque d'investissement, tant à la Générale qu'ailleurs : Jean-Pierre Mustier, entré à la banque de la Défense en 1987, Christophe Mianné, patron des métiers actions, ou encore Marc Litzler, aujourd'hui directeur général de Calyon. En vingt ans, ceux qu'on appelait les « moines soldats », jalousés pour leurs bonus atteignant plusieurs millions d'euros pour les meilleurs, sont devenus les vrais seigneurs de la banque.

Pour certains, c'est précisément la puissance des équipes de dérivés actions au sein de la Société Générale qui est devenue problématique. « La direction des dérivés actions est la plus rentable au monde, affirme un concurrent. Elle est devenue tellement puissante à la Générale que personne ne la conteste. Est-ce que les équipes du back-office et les inspecteurs ont réellement pu faire leur travail ? »

Pourtant, le système de contrôle des activités de marchés est réputé l'un des meilleurs au monde. « Il ne s'agit pas de renforcer les contrôles, poursuit-il. Il y a déjà beaucoup plus de contrôleurs que de traders. Il faut rééquilibrer les pouvoirs dans l'entreprise, afin d'éviter qu'une caste domine toutes les autres. Ils ont cru qu'ils marchaient sur l'eau. » Un avis partagé par d'autres experts. « Le front-office est tout puissant dans les dérivés actions de la Société Générale, confirme un consultant. Leur logique consiste à penser que l'intendance suivra. »

Cet « accident » devrait aussi avoir des répercussions sur les autres banques françaises qui bénéficiaient de la réputation de la Société Générale dans ce métier. « Grâce à la Société Générale, nous étions crédibles dans les dérivés actions, reconnaît un concurrent. C'est l'un des rares métiers de la finance où il existe une vraie spécificité française, ce que les anglo-saxons jalousaient. Aujourd'hui, c'est la curée. »
ELSA CONESA

Source: Les Echos

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